La lecture - spectacle |
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Virginia Woolf s’apprête à taper à la machine une réponse à l’un des membres les plus en vue de l’intelligentsia anglaise qui lui demande comment l’aider à empêcher la guerre.
Nous sommes en 1938, et le correspondant attend sa réponse depuis plus de trois ans ! La guerre d’Espagne fait rage, Hitler est au pouvoir depuis 5 ans, et Mussolini depuis 1922.
La question semble légitime.
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Quelques extraits de texte :
« Cependant, comment laisser sans réponse une lettre unique peut-être dans les annales de la correspondance : en effet, un homme cultivé a-t-il jamais demandé à une femme comment empêcher la guerre ? »
« Vous proposez d’envoyer aux journaux une lettre signée, d’adhérer à une certaine société, de souscrire aux fonds de cette société. Rien de plus simple. Gribouiller un nom sur une feuille de papier, c’est facile. Assister à un meeting où l’on rabâche à des gens qui y croient déjà, des théories plus ou moins pacifistes, c’est très facile aussi.
Signer un chèque- disons d’une guinée- pour soutenir ces opinions plus ou moins acceptables, c’est peut-être un peu moins facile, mais c’est un moyen de se donner bonne conscience à bon marché…. Mais pour exprimer notre conviction que la guerre, comme le disait Wilfrid Owen est intolérable, horrible, bestiale, une méthode plus active, plus énergique nous semble indispensable. »
« Vos vêtements nous laissent pantoises. Vous voilà les épaules recouvertes de dentelle, emmitouflés dans l’hermine, bardés de nombreuses chaînes soudées par des pierres précieuses, vous portez des perruques, des rangées de boucle bien dégradées sur votre nuque, vos chapeaux ont tantôt la forme d’une barque, tantôt celle d’un bicorne, parfois, elles sont faites de cuivre et ressemblent à des pelles à charbon.
Quel est le lien possible entre la splendeur vestimentaire des hommes cultivés et les photographies des maisons en ruine et de cadavres ?
Il n’est pas difficile à découvrir, vos tenues les plus belles, ce sont vos costumes militaires. »
« Un intérêt commun nous unit ; il n’y a qu’un monde, qu’une vie ; les cadavres, les maisons en ruine prouvent à quel point il est essentiel d’accomplir cette unité. Car telle sera notre ruine, si dans l’immense espace abstrait de notre vie publique, nous oublions l’image intime ; ou si nous oublions dans l’immensité de nos émotions intimes le monde extérieur et public.
Nos deux maisons seront détruites, l’édifice public et la demeure privée, la matérielle et la spirituelle, car elles sont inséparablement liées. »
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Biographie :
Née à Londres en 1882, Virginia Woolf se suicide en 1941, dans le Sussex. Sa mère meurt lorsqu'elle a treize ans. Son père, Sir Leslie Stephen, journaliste, philosophe et écrivain, eut sur Virginia une influence décisive. C'est avec lui qu'elle lit Platon et Spinoza, Montaigne et Hume. Plus tard, les enfants de Sir Leslie prennent l'habitude de recevoir leurs amis écrivains et critiques dans leur maison de Bloomsbury. Ce petit groupe prônera toujours la vérité, la libre parole et l'amour de l'art.
Virginia épouse l'un d'eux, Léonard Woolf, et fonde avec lui une maison d'édition. Directrice de cette maison et critique littéraire, elle écrit elle-même en vingt-six ans neuf romans (La Traversée des Apparences, Kew Gardens et autres nouvelles).
Nuit et jour, La Chambre de Jacob, Mrs Dalloway, La Promenade au Phare, Orlando, Les Vagues, Entre les Actes), cinq essais - dont Une Chambre à Soi, et Trois Guinées en 1938 - et laisse une importante oeuvre posthume dont Le journal d'un écrivain Féministe déclaré, elle donne des conférences en faveur de l'émancipation des femmes, ses personnages de roman témoignent avec humour cet état d'esprit, rare sous le règne de la reine Victoria ! Désireuse avant tout d'éclaircir le mystère individuel de l'âme, Virginia Woolf bouleverse la conception traditionnelle du roman avec une intrigue et des personnages bien définis et préfère décrire des expériences psychologiques privilégiées; elle veut ainsi révéler les multiples moi d'un être.
Dans Mrs. Dalloway, La Promenade au phare, elle réussit à cerner le flux de la vie intérieure modifiant sans cesse la réalité extérieure. D'où son style original fait d'impressions fugitives, d'envolées lyriques et de poésie. Ses autres oeuvres, Orlando, La Chambre de Jacob, Les Vagues et Entre les actes, inachevé, traduisent toutes ce souci partagé avec Marcel Proust d'une forme d'art qui recrée le monde discontinu de la vie.
(Extrait du « club des rats » de bibliothèque-net)
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