Dès l’âge de huit ans, la fillette est cloîtrée. Elle apprend à lire et à écrire dans le Psautier, et puise ses premières connaissances dans la bibliothèque de Jutta Von Spanheim, Mère Supérieure du couvent des bénédictines de Disi Bodenberg, soit : un livre sur les herbes (herbarium), un autre sur les pierres, (lapidarium), l’Encyclopédie de Isidore de Seville, ( Etymologiare), et six livres de médecine.
En 1179, elle expire et laisse derrière elle une œuvre exceptionnelle :
77 "symphonies" répertoriées, une correspondance avec tous ceux qui dominaient et le Siècle et Rome - l’empereur Barberousse, Bernard de Clairvaux, les papes Eugène III ou Anasthase IV entre autres, une œuvre visionnaire monumentale (Scivias, le Livre des Mérites), une œuvre scientifique et médicale, (Le Livre des Oeuvres et des Subtilités Divines, Cause et Curae), une œuvre poétique (Louanges).
XIIéme siècle, siècle de la première guerre des croisades contre les "infidèles", scission de l’Eglise entre l’Empire d’Orient et d’Occident, guerre perpétuelle entre les sexes.
Par quel miracle, serait-on tenté de dire, cette nonne maladive, d’origine aristocrate certes, renverse les tabous liés à son sexe, malmène ses illustres contemporains qu’elle accuse de Simonie, provoque des rassemblements populaires mémorables lors de ses prêches sur les marchés à Trêves, Mayence, etc.
La solitude de la visionnaire Hildegarde n’a d’égale que son besoin de partager une vision bien terrestre celle là de l’harmonie des contraires. L’être humain est au centre de son œuvre, et pour elle, le passage éphémère de l’être humain sur terre ne prend sens que par la recherche de la coexistence de l’âme et du corps, du bien et du mal, de l’ombre et de la lumière, du masculin et du féminin.
A la lecture de cette oeuvre, nous ne pouvons résister à la poésie qui se dégage d’une recherche d’un paradis perdu, éternelle quête du Graal qui nous habite tous, recherche d’autant plus prégnante qu’elle rejette avec indignation tous ceux qui par goût du pouvoir absolu, en rendent la quête encore plus improbable.
Une œuvre mettant l’"homo", corps et âme, au centre d’une cosmogonie divine, une œuvre mettant la science au service de l’homme, une pensée rebelle au diktat d’un siècle soumettant le spirituel à la marchandisation, un corps, véritable champ où bataillent sans relâche une volonté inaltérable de s’exprimer et la prudence qu’implique la nécessité de se faire entendre, une recherche constante d’équilibre entre l’aventure humaine individuelle et la place à tenir dans une réalité historique.
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